Démographie médicale : l’Ordre lance une nouvelle alerte

Démographie médicale : l’Ordre lance une nouvelle alerte.

Une catastrophe annoncée : Il est urgent de quitter la démocratie sanitaire « participative » pour passer à une gouvernance partagée des bassins de vie et mettre en place une vraie démocratie sanitaire de « décision ».

Chers confrères,
 

Le 2 juin le CNOM a publié l’édition 2016 de son Atlas de la démographie médicale. Lanceur d’alerte, l’Ordre met les données de son Observatoire et son expertise au service de la réflexion nationale. Le constat fourni est accablant : une désertification inexorable des territoires de santé requièrant une  urgente concertation et une « vaste réforme ». « L’Etat n’a pas été capable d’anticiper la catastrophe et aujourd’hui aucun territoire du pays n’est à l’abri » a lancé Patrick Bouet, Président du CNOM,  aux Maires de France réunis deux jours avant pour leur 99è congrès. Leur Association  a jugé la situation suffisamment inquiétante pour en faire le sujet clef du débat d’ouverture de cette réunion nationale.


La situation est complexe, multifactorielle. Quelques remarques :

Quel est le constat démographique ?

Une population médicale stable mais de plus en plus de retraités, de moins en moins d’actifs.

Des médecins qui partent et ne sont pas remplacés.

La France va perdre ¼ de ses médecins généralistes en 20 ans.

Des médecins de moins en moins nombreux et saturés, des patients en déshérence.

Au-delà de la désertification : « manque d’attractivité » du métier et de certains territoires.

D’importantes disparités territoriales : territoires en souffrance au sein de régions « dotées ».

Quel est le terreau de cette pénurie ?

Une dévalorisation progressive du statut du médecin.

Une dévalorisation progressive de l’acte.

Des contraintes administratives croissantes.

Une exaspération des professionnels de la santé.

Une formation inadaptée, non professionnalisante.

Un « modèle sacerdotal »  en inadéquation avec les aspirations des jeunes générations.

Une démocratie sanitaire dite « participative » inadaptée à la situation.

Ce qui n’est plus possible : 

« Il n’y aura plus un médecin par commune ».

Il n’y aura pas de réforme de la santé sans les premiers concernés : professionnels et usagers.

Le numerus clausus n’est plus un outil adapté à la situation.

Les « mesurettes » ou les rustines, elles ne sont plus acceptables.

Les mesures coercitives, elles seraient extrêmement contre productives.

Une approche déconnectée des besoins : privilégier le « cousu main », par bassin de vie.

Un empilement de structures entrant en compétition et non en complémentarité.

Ce qui doit guider l’urgence de l’action :

Changer de modèle organisationnel, aller vers une vraie gouvernance de la santé.

Redonner du temps médical aux médecins.

Faciliter les coopérations professionnelles, travailler en interdisciplinarité.

Décloisonner l’exercice.

Promouvoir une professionnalisation précoce des étudiants et des internes.

Aller vers un mode de rémunération valorisant.

Associer tous les acteurs, professions de santé et usagers, à la gestion des bassins de vie.

L’Ile de France, le département du Val de Marne en particulier, n’échappent pas à cette spirale  infernale.

La situation de notre département devient paradoxale.

Grâce au travail fait depuis 2008 la Permanence des soins ambulatoire est maintenant efficiente et pérenne alors que la Continuité des soins donne des signes inquiétants d’affaissement

Il n’y a pas de solution magique.
Tous les acteurs sont concernés. L’intégration en 2009 des SASPAS dans les SAMI visait déjà à professionnaliser la formation. Le jour même où le CNOM publiait son Atlas les différents acteurs de santé du 94 inauguraient la MSU de Sucy en Brie (Maison de Santé Universitaire).
Toutes ces initiatives vont dans le même sens : étoffer l’offre de soins, professionnaliser la formation, rendre plus attractif et faciliter l’exercice libéral. Mais elles ne suffiront pas. Il est urgent d’agir à tous les niveaux. Le Conseil 94 restera vigilant et poursuivra son action pour accompagner toutes les initiatives territoriales.
Les 10 recommandations du CNOM sont à cet égard une base forte du débat public

picture_as_pdfLivre Blanc propositions

Rien ne se fera sans une prise en compte des professionnels : il devient extrêmement urgent de sortir de la « démocratie sanitaire participative », qui a montré ses limites, pour passer à une « démocratie sanitaire exécutive » dans le cadre d’une vraie gouvernance partagée, tant au niveau national qu’au niveau des « bassins de vie ».

Très confraternellement à toutes et à tous,

Bernard Le Douarin
Président du Conseil 94
Président de l’Association des SAMI

Créteil, le 06/06/2016